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    Antoine Sartorio
    Fresque

Le sculpteur Antoine Sartorio

 

LE SCULPTEUR ANTOINE SARTORIO

 

1885-1988

 

 

 Antoine Sartorio, né à Menton le 27 janvier 1885, arrive à Pierre Percée en janvier 1916. Il a 31 ans. Il n’avait certainement jamais imaginé qu’un jour il viendrait sculpter la belle pierre des Vosges : le grès rose. Antoine est un sculpteur déjà renommé travaillant en collaboration avec des architectes et un peintre ; ils ont créé leur cabinet à Paris.

 Mais voilà, l’Allemagne a déclaré la guerre à la France le 3 août 1914 et en septembre de nombreux régiments ayant participé aux durs combats de Lorraine partent pour la Marne. Des réservistes, venant du Sud de la France, de la Corse et d’autres contrées arrivent et s’installent pour de nombreuses années dans les tranchées ; en effet une guerre de position, de la Chapelotte à Senones, en ce qui concerne notre petite région, remplace les champs de bataille.

 Antoine est un homme qui a voyagé ; il a passé sa jeunesse au Brésil et a quitté Marseille pour Paris. Mais une grande partie de ses compagnons d’infortune n’a jamais quitté son village et parle le provençal. Et beaucoup ont déjà dépassé 40 ans. La rigueur de l’hiver vosgien a dû être un choc pour ses hommes habitués à la douceur des hivers méditerranéens.

 Il faut bien avoir en tête cette situation pour comprendre l’état d’esprit du sculpteur, avant la réalisation de ses sculptures. Simple soldat parmi tant d’autres, il va exprimer à la fois la dignité et le ressenti de tous ses camarades à travers la pierre.

 

(Fonds J.M.Saint-Ramond)

 

 Le bas-relief réalisé à Pierre Percée se trouve encastré dans la roche tout en haut du village, près du cimetière. Il a été bien mis en valeur, protégé de la pluie et dans un environnement paysager.

 Antoine Sartorio fait un portrait exact de combattants appartenant à des armes différentes : un fantassin, un sapeur et un artilleur. Cette scène retrace la réalité des combats qu’il vit, lui-même, au jour le jour depuis 1914.

 

 La présence de l’allégorie de la Victoire, à droite, sous les traits d’une déesse grecque, fait référence à la sculpture antique qu’Antoine Sartorio a étudié à l’Ecole Nationale des Beaux -Arts de Paris mais aussi au récent mouvement Art Déco ; les flammes du flambeau et les ailes de la déesse sont rigoureusement alignées au-dessus des hommes en signe de protection.

 « Pour la France » est le titre du tableau, probablement commandé par le Lieutenant-Colonel Dauphin. Mais en dépit de la dureté des visages qui exprime le sacrifice exigé, la sensibilité de l’artiste arrive à percer ce que ressentent ces hommes. Il le fait avec tact et intelligence.

 Il n’est pas question de critiquer, de soulever une quelconque protestation devant l’effroyable massacre qui est en train de se perpétrer de part et d’autre des tranchées françaises et allemandes. Antoine est un soldat sans reproche, qui aime son pays et qui se bat pour la Liberté ; il reçoit d’ailleurs la Croix de guerre en 1915. Mais il ne peut s’empêcher de compatir au sort de ses camarades. Au moment où il sculpte, les hommes tombent, ses amis tombent et la compagnie d’Antoine est à présent en première ligne à la Chapelotte. Entre la Vierge Clarisse et la Croix Charpentier (chemin qui mène à la Chapelotte, non loin du château de Pierre Percée), les obus éclatent de toute part ; leurs impacts restent figés, encore aujourd’hui, serrés les uns contre les autres.

Comment peut-il rendre compte de tout cela ? Au cours de sa carrière, il adopte la même attitude, en temps de guerre comme en temps de paix ; les commandes et les styles différents ne constituent pas une barrière à sa façon d’insuffler la vie dans la pierre ; il porte d’ailleurs très bien le titre de « sculpteur des corps et des âmes ».

 

                                                                         

 

 Souvent, on ne retient du tableau que l’aspect froid de ces hommes, ne laissant apparaître aucune peur sur leur visage ou dans le mouvement du corps. Il faut rester un moment devant la scène et s’apercevoir que sur la partie gauche, en totale opposition avec la partie droite, un corps tendu se braque, refusant d’avancer malgré les paroles douces d’encouragement de l’artilleur qui baisse la tête et n’ose pas regarder en arrière. Ce corps est celui d’un cheval, masse imposante, dont les yeux exorbités, la crinière dressée et le museau haletant représentent toute la souffrance animale et surtout humaine face à cette impitoyable machine à broyer les hommes. Le journal « le Parisien » dans sa chronique du 23 septembre 1916 parle de chef-d’œuvre, en quelque sorte de la plus belle sculpture d’Antoine Sartorio dans la montagne vosgienne.

 

 Il est bon à présent de faire un petit retour en arrière car, avant l’installation de son régiment dans la zone de Pierre Percée, Antoine Sartorio est affecté dans la zone de Senones où il va aussi exercer ses talents. Faisant partie de la 20° compagnie du 5° bataillon du 363° régiment d’infanterie, il arrive en Lorraine le 18/19 septembre 1914 et traverse à pied de nombreux villages dévastés par l’artillerie avant de rejoindre les tranchées des hauteurs de Senones.

 

 

 

 On peut s’imaginer un décor surréaliste, avec des troncs d’arbre déchiquetés et des cimetières improvisés sur les lieux de combats. Et pourtant, Antoine ne cède pas au fatalisme, tout ce qui reste debout est beau, les sapins, les églises et il apprécie la gentillesse des gens. Il croque des dessins à ses moments de repos. Le bruit et les désastres de la guerre l’entourent et pourtant il recherche constamment la beauté. Le grès se transforme sous ses mains. Il ne sculpte pas l’horreur, mais une femme; il érige, en cette fin d’année 1914, la statue d’une jolie femme nue, à la chevelure abondante et libre. Le corps est souple et les formes bien rondes. Les soldats qui reviennent des tranchées la regardent et cela n’a rien de choquant. C’est un hymne à la vie.

 Toute sa vie, Antoine Sartorio est en admiration devant le corps féminin et cherche à faire ressortir de la pierre non seulement la féminité, mais la tendresse, la maternité et l’espoir car la femme engendre la vie et non la mort.

 Cette statue, disparue, peut-être détruite durant le bombardement du cimetière, avait pour nom « la fille de la mère Henry ».

 

 Antoine Sartorio sculpte encore et encore dans notre belle région, nous laissant en héritage cet esprit libre, sachant faire parler la pierre sous ses doigts mieux qu’avec des mots.

 

 Après la guerre, sa carrière se poursuit sans relâche, les commandes se succèdent. Il travaille à la réalisation de monuments comme le cénotaphe de l’Arc de Triomphe, les Andradas à Santos au Brésil, à la représentation de personnages illustres et bien sûr à l’exécution de monuments aux morts, d’ailleurs assez originaux. Mais il aime surtout sculpter dans le cadre d’une architecture monumentale ; ses bas et hauts reliefs prolongent les façades de l’Opéra de Marseille, de la prison des Baumettes, respectant le néo-classicisme et l’Art Déco de l’époque tout en y apportant sa touche de souplesse quand cela se révèle nécessaire. Le nombre de ses sculptures est impressionnant.

 

 A 81 ans, il décide de quitter son atelier de Paris et se retire dans son Midi à Jouques. Au milieu de toutes ses réalisations monumentales, il continue à vivre sa passion jusqu’à sa mort à 103 ans, le 18 février 1988.

Jeanne-Marie Saint-Ramond, 21 Janvier 2015

Guide Conférencière Interprète

 

Bibliographie :

Violaine MENARD-KIENER, Antoine Sartorio, sculpteur des corps et des âmes

Roger FRANCOIS, Le soldat-sculpteur, Antoine Sartorio, 1914-1916

 

Les photographies du sculpteur Antoine Sartorio en 1922 et de la statue « la fille de la mère Henry » sont extraites du livre de Madame Violaine MENARD qui a eu la gentillesse de m’autoriser à les insérer dans le texte. Son livre passionnant contient la plupart des œuvres sculptées de son grand-père. Les personnes intéressées peuvent s’adresser directement à elle au 0620133659.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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